Sélections du Prix des Auteurs Inconnus

Il faut savoir que je fais partie du prix des auteurs inconnus, en tant que jury. Je me suis inscrit pour deux catégories, “imaginaire” et “littérature noire”.
De fait, comment ça s’est passé ?
Pour le moment, on a juste sélectionné les lauréats, en les choisissant par vote. Comment on a voté ? En lisant des extraits de chaque ouvrage et en les notant à la fin.

Pour retrouver toutes les informations, c’est ici : https://www.prixdesauteursinconnus.com

Finalement, on a une jolie paire de sélection. Tous n’étaient pas dans ma liste, mais ce n’est pas grave, ça ne va pas m’empêcher de les lire et de donner mon avis dessus !

Les héritiers de Brisaine tome 2 de David Bry

Enguerrand, Grégoire et Aliénor enquêtent sur les dangereux personnages masqués qui fouillent le Bois d’Ombres, à la recherche des Clés ouvrant le Cœur de toutes les légendes.
Les trois amis apprennent l’existence de la Cour du Clair-Obscur, constituée des traitres des deux autres Cours.
Aidé de Lusin le gnome, Enguerrand, Aliénor et Grégoire doivent à tout prix retrouver la Clé des Sources pour la mettre à l’abri. Mais Gauthier, leur ennemi juré, risque de leur compliquer la tâche !
Les enfants réussiront-ils à sauver la Clé des sorciers maléfiques ?

Mon avis

Je n’aurais pas grand chose à dire sur ce tome 2 donc ma chronique va être courte. Mais c’était un bon tome 2. Plein d’action, on suis la suite des aventures des trois amis qui tentent d’empêcher les méchants de nuire.
L’histoire présente de nouveaux aspects, et évolue assez rapidement, mais au moins on pose bien des nouveaux rebondissements à régler. J’ai bien aimé ce qu’il se passe, et j’ai trouvé que ce tome nous tiens en haleine.

Pas grand chose à dire sur les personnages, a part que le phénix est cool. Non, en vrai, les enfants sont sympathiques, mais on va dire que ce tome n’était pas vraiment centré sur l’évolution de personnages. Ce qui n’est pas dérangeant, encore une fois, il était surtout un roman d’action.
On a quelques twists, et une fin en cliffhanger (heureusement que le tome 3 est sorti, je vais me le procurer au plus vite).

Sinon, les illustrations restent vraiment très belle, et on découvre de nouvelles créatures assez sympathiques.
J’ai hâte de voir la suite.

Six of crows tome 1 de Leigh Bardugo

Les bas-fonds de Ketterdam s’organise en gangs rivaux. L’homme le plus ambitieux et le plus jeune de la pègre est Kaz Brekker. Aussi brillant que mystérieux, aussi charismatique que dangereux, et surtout, connu pour être un voleur hors pair. Prêt à tout pour de l’argent, il accepte la mission du riche marchand Van Eck : délivrer un savant du palais de Glace, réputé imprenable. Ce prisonnier est l’inventeur du jurda parem, une drogue multipliant sans limite les pouvoirs surnaturels de la caste des magiciens : les Grishas. Une drogue, qui, tombée dans les mauvaises mains, risque d’engendrer un chaos irréversible.

Mon avis

Ce livre a d’indéniables qualités, des personnages ambigus, aux morales pas manichéennes, des sortes d’anti héros mais qui évoluent au fur et à mesure de l’histoire.
Il a une histoire plaisante, des moments de rebondissements intrigants, des intrigues au suspens certain, où je ne devinais pas trop ce qui allait se passer, bien que quelques trucs semblaient logiques. Il y a des twists assez intéressants, une espèce de Ocean’s Eleven (et co), mais dans un monde fantastique et avec beaucoup plus de drama. Des personnages hauts en couleurs, qui font tout le coeur du livre, auquel on s’attache ou non. J’ai adoré Kaz d’ailleurs, et Jesper et un peu Wylan. J’ai apprécié les trois autres mais sans plus. Et je n’ai pas été très fan de la romance Kaz et Inej.

L’écriture est très belle, elle est toute en subtilité, avec quelques poésies, et un côté dramatique sans en faire trop.
Il y avait des jolis passages, des histoires déchirantes. J’ai aimé le côté survie de chacun, j’ai aimé le fait que Jesper n’était pas le cliché qu’on attends de lui, que pour Kaz ça soit pareil, etc. Qu’aucun des persos ne soit entièrement un archétype mais en ait les bases.

J’ai été intrigué par ce monde de Grishas et leurs pouvoirs, et l’univers qui semble assez complet pour y contenir des langues. J’ai même pris conscience que malgré toutes les origines, je m’y retrouvais au fur et à mesure.
Ce livre avait, donc, beaucoup de qualités, et je l’ai aimé dans son ensemble.
Mais au fond, j’ignore pourquoi, peut-être parce que quelque chose a fait que ce n’était pas mon type d’univers, ou peut-être parce que je m’attendais à plus….Je n’ai pas tellement accroché. C’était plaisant. Sans plus.
Et pour cette raison, je ne pense pas lire la suite.

Dans les veines de Morgane Caussarieu

La canicule enflamme les nuits bordelaises. Une bande de camés dévaste un supermarché. Et tandis que l’on repêche des cadavres exsangues dans la Garonne, des filles perdues poussent leur dernier soupir sur le son du Bathory, nouveau repaire de la faune nocturne. Chargé d’enquêter sur ces événements, le lieutenant Baron suit la trace de tueurs dégénérés avides de sexe, de drogue et de rock’n’roll, bien décidés à saigner la cité girondine.
Vampires… Le mot, absurde, échauffe les esprits, sans que personne n’ose encore le prononcer.
Et alors que l’investigation piétine, Lily, la propre fille de Baron, s’entiche de l’inquiétant Damian, pensant trouver dans cette passion toxique un remède à son mal-être.
Si Dans les veines ne s’interdit rien, c’est pour mieux revenir à l’essence première du vampire : un être amoral, violent, à l’érotisme déviant. Le récit emprunte au cinéma gore son esthétique de la démesure, et se nourrit de la culture underground.
Il redonne ainsi au mythe son sombre éclat et sa sulfureuse réputation, plus proche des univers de Poppy Z. Brite et d’Anne Rice que des romans de Stephenie Meyer…

Mon avis

Cela fait des années que je le voulais et des années que je “devais” le lire. Voilà, c’est chose faite, je l’ai terminé ! Et…. Je ne suis absolument pas déçu. Sans que ça soit un coup de coeur, j’ai bien aimé, voire beaucoup aimé à quelques endroits.
L’autrice m’a prévenu aux Imaginales, que le livre était en réecriture, mais je commencerais quand même par dire que ce livre est un gros doigt en l’air envers Twilight.
On sens qu’il a été écrit à l’époque où cette série avait un grand succès, et ça m’a fait beaucoup sourire, comme j’ai moi même eut ma période Twilight.

Ce livre est viscéral, organique, glauque et tordu, et aucun des personnages n’est subjectivement appréciable. Ils sont mauvais, mais ambigus à leur façon. Et c’est pour ça que j’ai précisé “subjectivement”. Objectivement, je les ai presque tous appréciés pour ce qu’ils étaient, ce qu’ils proposaient. Pour leur côté tordu, dans cet univers tordu, en pleine ville de Bordeaux. Ce ne sont pas des gentils vampires mais pas “méchants et cruels oulala” uniquement. Ils ont quelque chose de monstrueux mais de très vivants, et je me suis laissé prendre au jeu de leur folie.
Ce qui est pour eux normal, est pour nous horrible et immonde, mais ils en jouent. Et j’ai beaucoup aimé qu’ils n’aient pas que besoin de sang, mais d’absolument tout ce qui est organique.
Après, c’est vrai que ça fait que le livre est vraiment très gore, et qu’il y a des moments où j’ai fait “argh”, dans le bon sens. L’écriture est menée d‘une main de maître pour ne prendre aucune pincette avec les horreurs qui se déroulent, et si parfois j’avais l’impression que ça en faisait trop, ça restait cool quand même.

Quant à l’histoire…. Je dirais que c’est comme “une tranche de vie horrifique”, avec une rencontre entre un vampire et une humaine, et d’autres sous intrigues. Si Lily était insupportable, c’était tout de même fascinant de la voir tomber pour Damian d’une façon réaliste, plus réaliste que “oh tu es un vampire, cool, marions nous demain”. Il y a quelque chose de tordu et toxique dans leur relation, mais c’est dénoncé, et ça montre les travers d’une pareille relation.
Et en vrai, j’ai détesté Lily, et surtout aussi J.F (que j’ai eut envie d’insulter douze mille fois, et de brûler sur le bûcher). Si on doit parler des personnages plus précisément, j’ai bizarrement bien aimé Gabriel. Je le trouvais fascinant à sa façon, et on ne sais finalement pas tout sur lui. Seiko était sympa, et Damian aussi. Par contre, le lieutenant Baron est une pourriture qui peut aller brûler en enfer. (et bonus : j’ai bien aimé Fleur et sa fille).

Jusqu’au bout j’ai lu l’histoire en me doutant qu’une pareille histoire ne pouvait certainement pas avoir une fin Disney. Et finalement (spoiler qui arrive 🙂 [La mort de Lily m’a fait ni chaud ni froid, j’étais là “oh cool elle est morte”, Damian j’ai été un poil triste et j’ai haï Baron, et j’ai été triste pour Gabriel. C’est d’ailleurs là que je me suis rendu compte que je l’aimais vraiment bien et que j’étais en train de me dire que potentiellement mon personnage préféré était un “enfant” monstrueux et ultra dangereux]

Je dirais que ma lecture était fascinante. Immonde à des endroits, mais fascinante. L’écriture a un aspect qui va avec le reste, un côté déformé, difforme, comme un cauchemar ou un bad trip, et qui n’a aucune pitié avec personne. Mais ça sonne juste, et j’ai beaucoup apprécié ça. Sans oublier le côté un peu sous jacent de la non binarité et des autres aspects queers, qui sans être un point central, m’ont juste fait plaisir d’exister.

Si vous aimez les histoires organiques et gores, avec des personnages tordus, mais une qualité cool, je vous conseille de le lire. Ou d’attendre la réecriture.

Larme à larme de Cécé L.T.A

Hakuna, une adolescente de 16 ans, ne supporte plus ses parents. Elle est aussi en rivalité avec une autre fille de son école. Mais un jour, elle assiste à un événement terrible. Elle se réveillera à l’hôpital, avec le seul souvenir de son prénom, mais aucune trace de son ancienne vie. Un couple, déjà parents d’un garçon, l’adoptera. Le duo d’amoureux la ramènera chez eux où elle fera une incroyable découverte… Elle saisira sa nouvelle destinée, jalonnée de faits inexpliqués. Pourra-t-elle recouvrer sa mémoire et son existence antérieure ?

Pré-note

Je remercie Simplement.pro et Cécé L.T.A pour m’avoir permis d’accéder à ce service presse.

Mon avis

Je pense que ce livre a du potentiel. Simplement, il faudrait juste un travail de réecriture, notamment au niveau de la structure.
Je m’explique : on nous présente un premier chapitre avec des bonnes qualités. Un personnage principal qui nous est présenté dans un environnement étrange mais attirant, à base de description qui m’ont fait sourire, et si les dialogues montrent déjà des maladresses, ça se lisait bien, ça avait l’air agréable et intrigant.
Autant dire que j’ai continué ma lecture avec curiosité….

J’ai lu une chronique qui décrivait ce livre comme “yololand”. En soit, je ne suis pas contre, mais je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ça.
Oui, je serais bien incapable de vous décrire de quoi cette histoire parle, tellement on nous donne des débuts de piste, sans jamais les relier, en un mélange rocambolesque où je n’ai absolument rien compris. Il y a un énorme manque de structure de texte et de cohérence d’ensemble. Quand on écrit une histoire, on peut y laisser du suspens, mais il faut donner des réponses claires, même un début. Qu’on comprenne quelque chose.
Là, j’ai l’impression que chaque chapitre était un rêve, puis un cauchemar, puis un autre rêve, et la seule cohérence, c’était le personnage principal qui… Servait d’exposition. Hakuna est là. Mais on a l’impression qu’elle vit tout ça sans rien se dire. Alors si, il y a des moments où elle se pose des questions, mais… Pas plus. Elle sert d’exposition, est super passive, tout comme l’écriture.
J’avais l’impression de lire quelqu’un qui décrivait son rêve de la nuit passée. Parce que dans un rêve, on peut se poser des questions genre “mais Bidule avait pas cette apparence”, mais on agis rarement pour changer (sauf rêve lucide). Là c’était pareil.
De plus, certes, les descriptions sont qualitatives, mais elles servent aussi d’exposition. On a aucune implication, aucun ressenti, dans ces descriptions, du moins pas dans toutes.
Il faudrait revoir toute l’histoire, en faire un plan, approfondir le personnage principal, ou la narration.

En fait, en soit, oui, la structure de texte est inexistante et présente une histoire sans cohérence, et incompréhensible. Mais ça, encore, ce n’est pas grave : je pense qu’il y a matière à améliorer tout ça, à revoir, à retravailler, il y a un potentiel certain.

Mais je me serais bien passé de lire un manga en livre (je vais y revenir), du whitewashing, et des scènes entre majeur et mineur.
Là, je vais être un poil intransigeante.
J’ai bien ressenti la culture manga. On a quelques clichés : le lycée, les cerisiers en fleur, le kitsune, la grosse poitrine (dont je me serais bien passé), et même la scène de sous vêtements (courte, en une phrase, mais Hakuna a 16 ans, donc, euhm…).
Mais si les light novel existent, ils respectent les codes des livres. Là, on dirait que l’autrice a voulu écrire un manga en livre, et c’est sûrement pour ça l’impression d’exposition et ce qui va avec. Sauf que ça ne fonctionne pas. Un livre, n’est pas un manga. Ca peut être cool de reprendre quelques codes, mais il faut faire attention à les adapter pour les romans.

Exemple d’un souci de “code du manga” qui ne peut pas trop être adapté en roman ou avec parcimonie : pour le whitewashing, autant dire que si ça se passe au Japon, il y a plus de culture européenne que japonaise (ce qui est normal : on est occidentaux, on a l’habitude cette culture, mais quand on écrit sur une autre culture, on la respecte un minimum). Et plus de ça, tous les personnages ont les yeux bleus, violets, turquoises, verts, et les cheveux certainement pas bruns ou noirs.
On est au Japon. Les personnages sont japonais. Aucun n’est typé asiatique.
Encore une fois, c’est la culture “manga”, mais là je trouvais ça un poil dérangeant… (on en reviens aux codes des livres, on verra moins de personnages japonais blonds aux yeux bleus dans les livres, que dans les mangas ou c’est “courant”).

Pour la relation majeur/mineur, même si Dakumun dit “ah je m’en fiche de toi gamine de 16 ans”, il y a quand même beaucoup de scènes codées comme des scènes de romance entre lui et Hakuna. Désolé, mais je trouve ça un peu beaucoup dérangeant (surtout qu’une scène est similaire à un viol).
Dakumun est d’ailleurs un perso très lunatique. Je n’ai pas compris s’il était gentil ou méchant, mais il est le seul à donner une réponse sur l’histoire (c’est un enquêteur !) donc il a au moins ça.

Quant aux autres personnages, je ne sais pas. Il y a son meilleur ami à l’héroine qui apparait 3 chapitres, avec un contrat bizarre, de l’incohérence (notamment au niveau du fait que sa tante l’adopte après qu’il l’appelle, mais s’est jamais posé la question de “dis donc, je crois que mon frère/beau frère frappe son gosse, faudrait que je fasse quelque chose” ou “je vais chercher un travail alors que je gagne plus que le salaire du chroniqueur qui écrit cette chronique grâce à ce contrat”) et du cliché.
Dans l’ensemble d’ailleurs, petit détail, on a tout un truc avec une technologie avancée qui sors de nul part, et je n’ai pas compris l’utilité ou le pourquoi du comment. Ca peut être intéressant (il y avait de l’inventivité, on sentait que l’autrice se faisait plaisir), mais il faut trouver une cohérence.
En fait, pour revenir sur le contexte : arrivé à un moment, je ne savais pas si on était dans de la SF ou du fantastique. Si les deux peuvent se mélanger, là, j’étais perdu.

Et finalement, quant est il de l’écriture?
Il y a une plume intéressante. Déjà, le plus gros point positif de l’ouvrage, c’est que je l’ai lu super vite, parce que c’était très fluide. Pas lourd, ni rien. J’ai repéré quelques fautes, mais ça passait, et la simplicité de la plume permettait une bonne lecture. (Et oui, des fois, simplicité ne veux pas dire “nul”).

Au final, je ne sais pas si je peux dire que “cet ouvrage n’était pas pour moi”, je pense que si, mais qu’il mériterait une révision, et que je suis très optimiste quant à sa qualité si ça arrivait. (si on enlève les trucs problématiques type whitewashing et amour majeur/mineur). Je n’ai rien contre le fait de lire des light novel, ou des choses qui s’inspirent des mangas, au contraire. Encore moins avec les histoires fluides qui se lisent bien. Il y avait un côté “déités” sur la fin qui semblait intrigant, et écrire des rêves sur des rêves peut être plaisant si cohérent. Donc, moi je pense que tout n’est pas à “jeter” (je n’aime pas ce mot dans ce contexte mais), mais au contraire, à améliorer.